Benoit Haeberlé, vice-président de l’UNAT Grand Est, est intervenu lors du Forum européen de l’ISTO (Organisation Internationale du Tourisme Social), aux côtés d’Alain Schmitt (ANCV), Franck Leroy (Région Grand Est) et Nelly Perrin-Jund (CIARUS), pour les discours d’accueil de cet événement.
Le forum a réuni acteurs et chercheurs européens autour d’un objectif commun : faire du tourisme social un levier concret d’inclusion et de durabilité en Europe. Les échanges ont porté sur la finance sociale et les modèles économiques responsables, l’accessibilité numérique et les bienfaits des séjours collectifs pour les jeunes.
L’événement a également célébré le 30ᵉ anniversaire de la Déclaration de Montréal, texte fondateur qui continue d’inspirer l’action de l’ISTO.
Une belle visibilité pour le tourisme social et solidaire du Grand Est à l’échelle européenne.
Découvrez ci-dessous le discours d’ouverture de Benoît Haeberlé :
Mesdames, messieurs, chers collègues et partenaires,
C’est avec un grand plaisir que j’ai l’honneur de vous accueillir au nom de Mme Michèle Demessine, Présidente de l’Unat nationale ici au Ciarus pour ces journées d’échanges et de travail. Nous nous réjouissons que l’ISTO ait fait le choix de la France et plus précisément du Grand Est, pour cet évènement. En effet, à l’heure où les mobilités, l’accès aux vacances et l’égalité des droits devraient animer les débats politiques, ils passent souvent au second plan face à une actualité anxiogène bien loin de ces préoccupations.
Ancrer nos réflexions, ici, à Strasbourg, à la confluence des enjeux européens, dessine un décor fort de sens pour nos réflexions à venir. L’objet même de notre secteur, la défense du droit aux vacances pour tous, et tous les apports qui en découlent en termes d’individualisation des partants, de construction de ces derniers, mais aussi de création de lien social et de partage d’expériences qui forgent la citoyenneté de demain, tout cela ne peut se faire sans la reconnaissance de l’utilité sociale de ces modes de départs et de leurs opérateurs.
En France en 2024, l’UNAT rassemble 2 057 établissements comptabilisant 250 643 lits. Ils emploient 17 346 équivalents temps plein au service de l’accueil de plus de 6 263 000 vacanciers générant plus de 27 736 000 nuitées pour un chiffre d’affaires de plus 2 078 000 000 euros.
Pour maintenir ces opérateurs nous plaidons pour une intervention structurante des pouvoirs publics tant dans les services centralisés et déconcentrés de l’Etat, que dans les collectivités locales. Leur rôle est indispensable et cela à deux niveaux :
- D’une part au niveau du soutien financier aux opérateurs du secteur dans leur fonctionnement et dans leurs investissements, garantissant la stabilisation de lieux et d’équipes en capacité d’accueillir dignement tous les publics. Mais aussi par la création de bourses aux départs inscrites dans une volonté de justice sociale réduisant ainsi l’un des premiers freins au départ.
- D’autre part au niveau de la coordination et de la mise en synergie de l’ensemble des parties prenantes aux différentes échelles territoriales. Sans un chef d’orchestre coordonnant l’ensemble des acteurs publics et privés œuvrant pour le départ du plus grand nombre, beaucoup d’initiatives accusent un impact faible faute de concertation et d’une mobilisation collective.
A l’échelle du Grand Est, l’UNAT déploie son projet au travers de 300 centres d’hébergements comptabilisant 25 000 lits et d’une cinquantaine d’organisateurs de séjours. 750 000 vacanciers ont bénéficié de leurs services pour un CA 2024 de 159 M d’€ et le maintien de 1800 emplois équivalents temps plein.
A Strasbourg plus précisément, l’identité européenne liée à l’implantation du Parlement européen attire principalement un public de jeunes et de scolaires. Malgré 2 établissements d’accueil (l’auberge de jeunesses des 2 rives et le Ciarus) pour une capacité de 638 lits, les structures du TSS ne suffisent pas à couvrir la demande. Pour tenter de réorienter ces flux et conserver ces publics dans le champ du TSS, les opérateurs du territoire se sont alliés pour se doter d’un outil original AJA puis Terre d’Est. C’est une agence de voyage coopérative qui a pour objectif entre autres de réorienter les groupes ne trouvant pas d’hébergement à Strasbourg vers les centres implantés en zone plus rurale.
Dans cette continuité de défense de l’accès au droit au vacances, l’UNAT Grand Est s’est fortement engagée dans l’accompagnement à la mise en accessibilité des sites et des services du territoire, développant ainsi une expertise reconnue en dehors de son cercle d’adhérent. Au travers de formation et d’accompagnement, nous œuvrons pour une meilleure prise en compte des besoins de tous les publics.
L’ordre du jour de ce séminaire aborde le sujet de la finance solidaire. Ce dernier nous interpelle fortement aujourd’hui dans une période marquée par la raréfaction, ou du moins, la difficulté de construire des plans de financement pour soutenir les activités de nos membres (investissements, projets, etc.). Nos missions s’inscrivent dans une logique de service public qui ne peut exister sans un soutien de la force publique. Toutefois la consolidation de nos modèles économiques impose aujourd’hui une diversification forcée des ressources. La mobilisation de la finance solidaire peut en être un des maillons mais il ne pourra pas en être le seul.
Si le frein financier reste le second frein au départ, nos dernières études (OVLEJ et aspirations des Français) ont mis en lumière l’importance de l’acculturation au départ, en somme, si vous n’êtes pas partis enfants, vous ne partirez pas adultes. Croisée aux constats négatifs engendrés par l’accueil de publics non-éduqués au départ dans les destinations touristiques, cette tendance ne fait que confirmer le rôle des acteurs de TSS dans l’accompagnement et la formation du touriste de demain. C’est par l’éducation que nous portons dans nos modes de départ, besoin de plus en plus marqué dans l’ensemble des réflexions préalables à la construction des schémas touristiques, que notre secteur confirmera son rôle indispensable au service d’un tourisme plus responsable.
Nous (UNAT + membres) avons un travail à faire d’accompagnement à l’acculturation au départ en structurant des parcours de mobilité. C’est-à-dire penser le parcours du partant tout au long de sa vie, de l’accueil de loisirs aux séjours en vacances, à son départ en autonomie puis en autonomie réduite, en l’accompagnant à chaque étape dans une complémentarité inter-opérateur.
Enfin, n’oublions pas que pour beaucoup de territoire, le tourisme est avant tout domestique. Pour le Grand Est en 2024, 70% des vacanciers étaient originaires de la Grande région (source observatoire régional). Notre tourisme se doit d’autant plus d’affirmer qu’il n’est pas qu’une simple économie de flux mais un espace structurant de services pour les habitants des territoires (maintenant appelés destination) et qu’ils doivent pouvoir y trouver une place tant dans son usage que sa concertation. Cette place des habitants a toujours été au cœur de nos fonctionnements sans pour autant que nous en ayons conscience ou plutôt que nous affichions cette vision d’un tourisme construit pour le territoire, avec le territoire.
Le programme de ce séminaire va nous amener à aborder tous ces sujets et j’aurai grand plaisir à échanger avec vous au cours de la journée.
Encore une fois, bienvenue en Grand Est et bons travaux à tous.
